La Journée "Souveraineté Numérique" organisée à Sciences Po par Christophe Dubois Damien, président de l’atelier Intelligence Economique de Forum ATENA, le 27 juin 2017 a tenu ses promesses. Le sujet a été merveilleusement couvert par des intervenants de prestige.


 

Des conseils de Louis Pouzin pour sortir l’Europe de l’état de colonie des Etats Unis en reprenant notre souveraineté sur le nommage dans l’Internet, qui, contrairement à ce que beaucoup pensent peut se rendre indépendant de celui de l’ICANN, à l’illusionniste Jacques H Paget, sur le pouvoir de l’illusion et la force de fascination, qui nous a appris comment conserver un secret (celui par exemple de couper une femme en deux à la tronçonneuse, puis de la reconstituer pour qu’elle puisse nous sourire) et qui a terminé son discours en faisant jaillir de sa main une longue flamme ; de Grichka Bogdanoff, fort sympathique, qui a osé deviser sur les ordinateurs quantiques, à Francis Jutand, Directeur Général adjoint de l’Institut Mines Télécom, responsable de la Recherche et de l’Innovation, qui a présenté le triptyque « agir », « choisir » et « créer » par lequel il définit la capacité d’anticipation créative, la journée a été dense, d’un intérêt indéniable et avait de quoi séduire les participants.

J’ai choisi ici d’écrire un petit compte-rendu d’une seule intervention, celle de Muriel Touaty, Directrice Générale de l’association Technion France, qui a pris la parole au cours de la première table ronde sur le thème « Comment l'esprit d'innovation, le monde de la recherche et les technologies de pointe peuvent aider un pays à permettre sa souveraineté numérique » ou encore plus explicitement « Israël au secours de l’Europe ».

A voir la chaleur avec laquelle Muriel Touaty a été accueillie, dès son entrée dans l’amphi, par Francis Jutand, Institut Mines Télécom, on peut déjà penser que les relations entre le monde de la recherche israélienne et celui de la recherche française ne datent pas d’hier, sont productives et de haut niveau.

Fondé en 1912 à Haïfa, le Technion est l’Institut de Technologie d’Israel. En 1924 Albert Einstein devenu le premier président du Technion Society a prononcé cette phrase qui a guidé l’intervention de Muriel Touaty lors de l’évènement sur la Souveraineté Numérique : « Israel can win the battle for survival only by developing expert knowledge in technology ». Et en effet, plusieurs Prix Nobel ont fait leurs classes dans ce prestigieux Institut, de nombreuses innovations en sont issues, dans les domaines des sciences, des technologies, de l’agriculture et de la médecine.

Mais il n’y a ici aucun miracle, l’innovation a été, depuis bientôt 70 ans que cette nation existe, le fruit de l’adversité. Quand l’Israélien se réveille le matin, nous dit Muriel Touaty, il ne sait pas s’il va se coucher le soir. Etre excellent est pour eux non pas un but éloigné dans le futur mais une nécessité dans le présent, c’est simplement une question de survie. Israel compte huit écoles d’ingénieurs, toutes liées au concept de l’innovation. De plus, les élèves font un passage obligé par l’armée, 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles, qui les forme à la rigueur, qui leur inculque la prise de risques, qui leur fait comprendre qu’il ne faut pas avoir peur de l’échec mais au contraire d’en saisir l’occasion pour analyser ses causes et se relever bien plus forts.

Petit pays par sa taille, avec donc un petit marché intérieur, entouré de voisins, pour le moins qu’on puisse dire, pas amicaux, par nécessité Israel s’est résolument ouvert à l’international. Possédant peu de ressources naturelles, la création de valeur par l’innovation est ressentie comme une nécessité impérieuse. De plus, les universités israéliennes, ne bénéficiant pas de subventions de l’Etat, doivent s’autofinancer d’où une préoccupation de course aux brevets.

Confrontés à tant de contraintes, et forts d’une motivation face aux menaces de toutes sortes, les succès sont au rendez-vous. Citons l’entreprise Waze, application mobile de navigation GPS collaborative qui a été rachetée pour près d’un milliard de dollars par Google en 2013, citons l’entreprise Mobile Eye, leader mondial dans l’assistance à la conduite automobile, à la conduite automatique et aux systèmes anticollisions par ordinateurs qui a été rachetée pour 14,5 milliards de dollars par Intel, et le centre des activités de Mobile Eye reste en Israël.

Les bénéfices de telles acquisitions sont en grande partie réinjectés dans la recherche et dans l’innovation, en particulier dans la cybersécurité, faisant de ce petit pays un leader mondial dans la sécurisation de l’écosystème du numérique.

Au Technion, les étudiants sont confrontés aux technologies de pointe, ont d’excellents professeurs et sont conscient qu’innover est non seulement nécessaire mais aussi vital. Ils sont mis en situation de faire face aux défis du futur et pour réussir à la nécessité de partager leurs travaux. Ces élèves d’aujourd’hui deviennent les entrepreneurs de demain et quelques-uns d’entre eux deviendront les licornes d’après-demain.

Un modèle dont l’Europe doit s’inspirer pour établir sa souveraineté numérique.