Philippe RECOUPPÉ – Président Forum ATENA – octobre 2026
Je ne peux vous cacher ma satisfaction au vu des récentes évolutions européennes : Chips Act 2.0, Cloud Act et AI Development Act, DSA (Digital Services Act), et DMA (Digital Markets Act), ! La commission européenne en pleine action, Microsoft banni de Polytechnique. … ! ? Mistral qui progresse, OVH acteur reconnu en Europe, au côté d’Outscale, qui challenge Scaleway, et j’en passe !
Oui oui, c’est un mélange de réalité et d’intention, de déclarations et d’actions, et pour des décisions … si elles se font jusqu’au bout ?
Espérons-le, et agissons, d’abord, en étant bien conscients que ces « réglementations » sont d’abord notre aveu d’impuissance à imaginer de nouveaux services, à les financer, à leur donner accès au marché.
Ceux qui suivent Forum ATENA de longue date se rappellent que déjà en 2019, nous avions participé aux fameux (fumeux) « Grand Débat » en proposant :
La souveraineté technologique pour Europe ?
pour les composants électroniques, les micros-processeurs, les OS, des applications, les technos réseaux et les terminaux.
Nous affirmions :
Ce n’est pas aux GAFAM de faire les lois, c’est aux législateurs.
Ce n’est pas aux GAFAM de fixer les modalités d’application, c’est à la justice française et européenne.
Et nous ajoutions :
– Construire la confiance auprès du public impose de repenser cet espace numérique du vivre ensemble.
Hélas, l’incompréhension des politiques pour ce dossier du numérique a depuis été désespérante. Et c’était avant Trump 2 … mais depuis quelques temps, on sent comme un ressaisissement, une prise de conscience, avec encore des hésitations, pleins de déclarations, quelques décisions, et d’incontestables progrès. (Merci Trump 2 ?)
OUF !
Merci de vos réactions, indispensable je crois pour mieux comprendre la complexité de ce dossier : deux lignes, une demi page, qu’importe, vous serez lu, et je vous répondrai, promis.
⁃ Oui, cela fait des années que nombreux sont ceux qui s’étonnent de notre passivité face à la mainmise des Etats Unis sur nos économies mais aussi nos esprits. Dans le monde de l’entreprise, ce qui est américain a « cinq années d’avance sur nous ». Oui, lorsque l’on suit, lorsque l’on imite, le constat n’est pas étonnant, Mais cela traduit néanmoins une sorte de soumission au plus fort. Il y a plusieurs siècles, un certain de La Boétie avait écrit un court ouvrage intitulé « Discours de la servitude volontaire ». L’une des idées qui y était avancée était que l’on peut choisir ses maîtres, et que cela offre une certaine tranquillité. Plus récemment les thèses d’un Philippe D’iribarne (La logique de l’Honneur, 1993) montrant le lien intime entre culture, langue et façon de travailler ont été recouvertes par tout un discours sur l’efficacité, la performance sans se préoccuper de la façon dont on pouvait les atteindre. Or la façon d’agir a une dimension culturelle. Lettres mortes en entreprise dans la majorité des cas ! En 1966, notre gouvernement avait lancé le Plan Calcul. C’était une belle promesse ! Et puis la logique financière (sous domination américaine) a recouvert tout cela d’un discours faible, sans chair, sans avenir. Avez-vous, par exemple, remarqué que la logique du marché est atemporelle ? Les logiques japonaises qui ont été à l’origine d’une organisation des entreprise par processus ont été réduites à des modèles dans lesquels on demandait aux salariés de se fondre (presque littéralement !). On perdait ainsi tout la dimension participative des salariés pour leur demander de se conformer à des règles imposée per des « experts ». Belle façon de perdre tout espoir d’engagement des salariés. Si on y prête attention, cela a des effets désastreux sur les acteurs à qui l’on impose la médication. Le sujet devient tabou, car trop d’intérêts sont en jeux. Mais un pays se meurt également si on méprise ceux qui y participent. Et les votes se tournent alors vers ceux qui ont appris à promettre. Cela se voit à l’oeil nu aux Etats Unis et risque de se voir plus en plus en Europe.
⁃ Ma conclusion est que le mal est plus profond.