Romain Sohet  –  Personne de contact Forum Atena auprès du Parlement européen  –  octobre 2026

Chers amis,

Comme je l’exposais dans un précédent billet, le monde de l’Informatique obéit à des effets de mode. Le principal effet de mode étant de rebaptiser l’existant avec de nouveaux termes évasifs, et de le présenter ensuite comme une nouveauté révolutionnaire.

Ainsi de l’IA, l’Intelligence Artificielle, qui dorénavant signifie tout et n’importe quoi. Et le problème qui nous préoccupe, c’est le n’importe quoi.

L’IA, historiquement, est un concept informatique datant des années 1980 qui laissait entendre que « dans un futur proche », la machine pourrait être dotée de raison. Et évidemment, remplacera l’Humain. Et dans les années 80, nous avions déjà des robots humanoïdes capables de quelques taches ménagères.

Puis on a abaissé le curseur : la machine sera capable de s’auto-réparer. Bon, ça n’a pas marché.
Puis on a abaissé le curseur : la machine, en fait, sera capable d’être sélective. Bon, ça n’a pas marché.
Puis on a abaissé le curseur : la machine, en fait, permet de s’auto-alimenter en données (on en est là ; ça ne marche pas, 80 % des données sont vérolées, obsolètes, inexploitables).
Puis on a abaissé le curseur : la machine, en fait, sert à s’amuser.

Historiquement, lorsqu’un secteur industriel de haute ingéniérie devient un secteur grand public et d’amusement, il devient ipso facto superficiel. Rentable, certes, mais superficiel voire superflu.

Or, l’IA moderne, c’est à dire Photoshop à la portée du premier venu, vient de créer une superficialité de l’utilisation de la donnée qui va nous conduire à la croisée des chemins.

Un chemin technique, un chemin juridique.

Le chemin technique : l’utilisation frénétique de l’IA pour tout et n’importe quoi implique automatiquement une consommation de ressources, notamment des CPU. Donc une utilisation des serveurs, disques et réseau. Or, les capacités de stockage et d’infra n’étant pas extensibles, les plateformes techniques sont amenées à faire des choix. Ainsi et brusquement, Google et Yahoo annoncent qu’on ne pourra plus stocker à 15 To de mémoire nos propres mails et que l’on va « tomber » à 15 Go. C’est à dire à des niveaux de performance des années 2000. Techniquement, c’est une régression, notamment en terme de service rendu auprès de l’utilisateur, service rendu qui était à la base l’argument commercial qui a permis d’utiliser nos mails d’une façon foisonnante. Or, lorsqu’une entreprise n’arrive plus à assurer le service qu’elle s’est engagée à fournir, elle est à deux doigts de la disparition.
Mais cette régression est due au choix stratégique que nous comprenons tous : j’ai des ressources limitées, d’un côté un patrimoine dormant (mon stock de mails de mes utilisateurs), d’un autre côté une demande croissante et facturable d’accès à ces mêmes ressources via l’IA. Donc je facture, donc j’utilise mes ressources limitées, donc je sabre dans mon patrimoine dormant. Mais ce faisant, je prends le risque stratégique de devenir … inutile.

Pourquoi inutile ? A cause du risque judiciaire de l’IA.

En effet, « avant », c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps, l’informatique et les réseaux sociaux permettaient d’exhumer des preuves et des témoignages sur de vieilles affaires. Un utilisateur possesseur de ces preuves et qui n’a jamais été sollicité, les scannait et les diffusait. La Vérité prenait l’escalier, mais elle se diffusait.
Or maintenant, l’IA, à cause des 80 % de données vérolées et obsolètes, à cause de sa capacité à travestir des fichiers via des Photoshop améliorés, à cause de ses raisonnements simplistes, l’IA donc est devenue une machine industrielle de faux et usages de faux.
Et on le voit : on tombe sur des argumentations totalement fallacieuses, notamment dans le secteur de la vie politique, et plus personne ne croit à ces argumentations. Donc le document informatisé, force de loi à l’époque de la Blockchain, est maintenant écarté d’un revers de la main. Nous allons assister au retour de la preuve sous format papier ou argentique.

Partant de là : pourquoi voulez-vous que l’IA continue d’exister ?

Les ressources réseau et CPU qu’elle utilise empêchent le développement d’une informatique de gestion documentaire.
Les ressources data qu’elle utilise sont vérolées et sans intérêt.
La valeur ajoutée de l’IA est du domaine de l’amusement, de la flemme, de la fraude, de la superficialité.

Nous aurons donc, bientôt, trois types d’utilisateurs : d’un côté les partisans de l’IA dénués d’esprit critique qui vivrons entre eux, coupés du monde extérieur ; d’un autre côté les partisans de la fin de l’informatique qui reviendront au papier, à la photocopie, au stockage physique, écoeurés qu’ils seront par des mésaventures personnelles ; et d’un troisième les professionnels utilisant l’informatique et qui lutteront contre la pénurie de ressources informatiques pour pouvoir continuer à travailler, alors qu’auparavant cette ressource était aisément accessible. Un souci de plus.

L’IA va donc nous conduire à un bouleversement sociétal et technique, mais pas dans le sens d’un bien-être global. Plutôt dans le sens d’un cloisonnement de ressources et des acteurs utilisant ces ressources. Ce n’est pas un avenir souhaitable. Mais nous pensons tous que la superficialité restera accessoire et que l’utilisation professionnelle pour un sens commun de ces mêmes ressources restera une priorité.

 

Romain Sohet
Personne de contact Forum Atena auprès du Parlement européen.