Au début juin 26, je commençais la lecture d’un article et tombais sur cette affirmation : «La thèse est la suivante : la souveraineté numérique totale est un mirage et vouloir l’atteindre seul – Etat, entreprise ou communautés libres – est voué à l’échec.»
https://www.usine-digitale.fr/souverainete/oublier-laws-europeen-la-souverainete-numerique-passera-par-la-cooperation-et-les-standards-ouverts.YI2GL2MLCRBIJOAUPJFWF4YAZ4.html
J’ai bien l’impression que la méthode de nos dirigeants est décrite ici :
Dans un premier temps, ne rien voir, et puis, par voie de conséquences, ne rien faire, puis enfin, dire qu’on ne peut plus rien faire, qu’il ne faut rien faire, que c’est trop tard.
Ce qui a l’avantage de justifier de continuer à ne pas faire grand-chose, voire rien.
Ne vous laissez pas tromper par les discours de pré-campagne présidentielle qui commencent à poindre, et promettent à tout va, pour ne rien faire après.
Et en matière de souveraineté, un thème qui m’est cher, depuis 20 ans, je crois qu’on a atteint aujourd’hui des sommets d’incompréhension, d’incompétence, et aussi de lâcheté, de soumissions, de renoncement. Le Cloud est un triste exemple qui me permet de l’illustrer. Petit rappel des faits :
Les responsables politiques ont commencé par ne rien faire, au moment où le Cloud commençait a émerger, et ce alors que d’autres agissaient, aux États-Unis, mais aussi en France.
Alors, notre haute administration française et ses politiques, ignorant les startups françaises et européennes qui commençaient à adresser ce créneau, préférèrent s’adresser à leurs jumeaux intellectuels (Orange, SFR, …), en distribuant quelques centaines de millions, au titre de l’Etat stratège (j’adore cette expression). Le stratège a failli, puisqu’ils ont même été jusqu’à rembourser les millions perçus, tant leur action avaient été insignifiante malgré les millions.
Un autre exemple (il y en aurait bien d’autres) illustre les errements : la gestion des données de santé, des Français, le HDH (Health Data Hub), ou Microsoft s’est vu attribué puis ré-attribué le marché, sans appel d’offres, sans aucune garantie de souveraineté, bien sûr. Dénouement heureux, après près de sept ans d’errements et de mensonges, de cadeaux faits au groupe américain, une procédure de sélection a enfin été mise en place, qui a attribué le marché à Scalway (groupe Iliad). Sept ans, une honte !
Le problème que je veux poser ici, c’est le problème de l’État stratège, l’État peut-il être stratège ? Est-ce le rôle d’un État régalien, en a-t-il le savoir faire, en a-t-il démontré la capacité, l’efficacité ?
C’est bien sûr, difficile d’être trop affirmatif en la matière , Airbus ou Ariane pourraient me donner tort, hier les deux, aujourd’hui le premier. … mais n’oublions pas, c’est bien la France qui invente l’aviation, au côté des États-Unis (voir par exemple Les Wright et l’armée française : les débuts de l’aviation militaire (1900-1909) https://journals.openedition.org/rha/6769?lang=en), c’est bien la France qui invente l’automobile avec l’Allemagne (De Dion 1884, tricycle Benz 1885), mais ce ne sont pas nos États, ce sont de petites entreprises qui grandissent vite, se rachètent, fusionnent, font faillite, s’allient, et leurs héritières sont bien le résultat du regroupement de la multitude de petites sociétés (voir par exemple https://www.geneva-institute.com/detailpub/69), qui ont fait l’innovation pendant les premières décennies 1900. Les compagnies de chemin de fer, de téléphone, les compagnies d’électricité étaient privées, et multiples, pas des monopoles. Ce n’est pas Colbert qui a fait le succès industriel de la France, ce sont ces entrepreneurs et le recours au financement privé, avec des exceptions, les concessions de services publics, quand les investisseurs étaient très importants, déjà en place sous ce même Colbert ( voir https://www.persee.fr/doc/ecofi_0987-3368_1995_hos_5_1_2555 ) . [As-tu des sources ? A priori le financement était avant tout public : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colbertisme/2-une-politique-industrielle/.]
Pour résumer à grand trait un dossier d’une grande complexité, la commande publique a toute sa place, particulièrement vers les startups et plus globalement les PME, la subvention doit être exceptionnelle, justifiée, hors des mains des politiques.
Mais ne gâchons pas la dimension positive du moment, les acteurs souverains du Cloud existent, par exemple rien qu’en France, et en en oubliant, je peux citer sans hésitation Scaleway, 3DS Outscale ou OVHcloud ! Avec des offres matures, au niveau techniquement, et pas des faux souverains acoquinés avec un GAFAM américain, l’air de rien.
Donc on avance, en France et en Europe, reste à leur passer des contrats, publics ou privés, quitte à insérer des clauses favorables, du moins dans un premier temps, pour confirmer nos champions, dans leur diversité. C’est ce que la commission européenne est en train de faire, avec sans doute trop de timidité, encourageons-la.

Le but de cet article et de redonner tout son sens à Forum ATENA, c’est-à-dire de retrouver l’esprit Forum, de débattre, d’argumenter, pas pour avoir raison mais pour éclairer, pour avoir la chance d’entendre d’autres avis, de comprendre d’autres arguments, de s’enrichir et aussi de communiquer entre nous. Nos avis, différents, nuancés, n’en seront que plus riches.
Et n’oublions pas : selon l’Usine Digitale qui cite le rapport « Souveraineté Numérique » du Conseil de l’IA et du Numérique « 92% des infrastructures cloud utilisées par les administrations européennes reposent aujourd’hui sur AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud » [https://www.conseil-ia-numerique.fr/files/uploads/2026/Souverainete-numerique_cooperation-public-prive-communs_CIANum_VF.pdf
« Cette dépendance au numérique américain a un coût de 264 milliards d’euros par an pour l’économie européenne (étude du Cigref d’avril 2025)
Cela représente un déficit de savoir faire, un déficit économique et une dépendance à quelques fournisseurs US qui sont alors capables d’imposer à la fois leurs tarifs, mais surtout leurs solutions techniques fermées, avec les risques de sécurité et les risques juridiques (voir le CLOUD Act, qui non seulement impose aux entreprises US de laisser l’accès à nos donnés, mais oblige au silence en cas d’accès).
Et plus récemment, on apprend que l’école Polytechnique a finalement renoncé à basculer vers Microsoft 360, se souvenant des dires du député Latombe qui avait appelé à ce que soient prises en compte les exigences de souveraineté, de sécurité juridique et de maîtrise des données publiques : « conformément d’ailleurs aux orientations, datant de 2021, de la direction interministérielle du numérique, interdisant le déploiement de Microsoft 365 dans l’administration », a-t-il rappelé.
Oui oui, en 2021, et 5 ans après nos dirigeants de haut vol osaient proposer un tel reniement.

Qwant Synfonium , le moteur de recherche européen, du groupe OVH, vient d’être choisi pour être le moteur de recherche par défaut au sein de la commission européenne !
Et vous ?
Basculons sans tarder.
Selon votre machine le basculement est possible soit vers Qwant soit vers Ecosia au sein de European Search Perspective, ils travaillent ensemble.