Geneviève BOUCHÉ  –  Vice Présidente Forum ATENA  –  octobre 2026

La monnaie est l’outil qui permet aux Hommes de faire des échanges. La pertinence d’une monnaie repose sur la confiance dans l’économie qui la gouverne. Cela vaut dans les échanges intérieurs comme extérieur à la zone géographique où elle est reconnue.

L’évolution de notre monnaie est inévitable car, outre l’évolution de notre modèle de société, nous assistons dès à présent à la numérisation des transactions, la reconfiguration des équilibres internationaux (notamment avec l’émergence des BRICS) et finalement l’évolution de la pensée économique.

L’Europe saisit cette opportunité pour reconstruire sa souveraineté monétaire, en se libérant de l’emprise des systèmes de paiement américains pour les paiements à l’intérieur de la zone Euro et pour le moment entre les pays ayant adopté ces moyens de paiement.

En effet, les cartes bancaires européennes sont généralement marquées du logo d’un opérateur de carte bancaire tel que Visa ou Master Card. Cela indique que le commerçant est ponctionné d’un très faible pourcentage au profit de l’opérateur mentionné. En contrepartie de services dont des assurances, mais ils rendent invisible le processus de traitement d’un paiement effectué par un porteur en dehors de son pays. 

Mais le but, encore plus intéressant est de simplifier les mécanismes de paiement afin qu’ils soient plus rapides et moins onéreux en matière de traitement. Les économies réalisées sont en partie répercutées au profit du commerçant.

Par cette démarche, l’Europe reprend le chemin du progrès par l’action et prépare ainsi sa capacité à s’adapter aux mutations.

 

Moyens de paiement : deux Projets Européens en cours

Ces projets perçus souvent à tort comme concurrentiels, répondent à des besoins distincts exprimés durant la période exploratoire sur la numérisation de la monnaie :

L’Euro Numérique

Il s’agit de cash numérique.

  • Nature : c’est une Monnaie Numérique de Banque Centrale (MNBC), émise et gérée par la BCE. Elle est destinée à remplacer progressivement le cash physique (pièces de monnaie et billets de banque). En effet, ses coûts d’exploitations sont infiniment moindres et pour les usagers, infiniment plus commodes puisque le support en est le smartphone et non plus le métal ou le papier. Cela devient possible puisque désormais, posséder un smartphone devient vital. Même les personnes en grande difficulté sociale en sont pourvues.
  • Fonctionnement : le porteur télécharge dans son téléphone des e-€ comme jadis il aurait été cherché à un distributeur de la monnaie ou des billets qu’il range dans son portefeuille. Chez le commerçant, il paye en e-€. Ce payement est anonyme et ne figurera pas dans son relevé de banque. Seuls les retraits qui ont donné lieu à un transfert de la banque vers le portefeuille d’e-€ y figurent.
  • Objectifs : simplifier et moderniser les paiements en cash dans la zone euro, faire disparaître les trop nombreux moyens de paiement nationaux hérités du passé (exemple : les lettres de change), et permettre aux Européens d’effectuer des transactions sans dépendre d’acteurs américains comme Paypal, Applepay, Visa ou Mastercard.
  • Défis : il est organisationnel. La BCE n’a pas vocation à gérer des comptes pour le public, c’est le rôle des banques de détail. Le débat porte sur la manière dont cet € numérique est mis en circulation.
  • Objection erronée : les opposants à ce projet prétendent que cet euro-numérique va permettre une surveillance des citoyens par la BCE. Faux : d’une part, ce sont les banques de détail qui rendent les e-€ accessibles. Mais, d’autre part, cet argument concerne éventuellement le Wero mais pas l’e-€ qui n’est rien d’autre que du cash numérique avec toute sa vertu en matière d’anonymat.

Pour ce qui concerne le Wero, effectivement, le système permet de tracer les relations entre payeur et payé. Les banques ont déjà cette capacité avec les cartes bancaires, mais elles se gardent bien de les utiliser afin de ne pas détériorer la confiance dans ces modes de paiement.

 

Le WERO

Il remplace Paylib en France.

  • Nature : C’est un moyen de paiement basé sur un portefeuille numérique créé à l’initiative de l’European Payments (EPI), un consortium de plus de 30 banques européennes. Il est soutenu par la Commission européenne.
  • Fonctionnement : pour acquitter un paiement, le payeur se connecte à l’application Wero fournie par sa banque et chargée sur son téléphone. Il compose le N° de mobile que lui a donné le bénéficiaire (un particulier ou un commerçant). Il précise le montant à verser. Quasiment instantanément, le bénéficiaire reçoit un message qui lui indique que son compte courant a été crédité.

Sur les relevés de banque des deux parties apparaissent la date, le montant et le nom respectifs des porteurs.

  • Objectifs :
    • Se désengager des offres de paiement américaines (VISA, Mastercard, Apple Pay, etc.),
    • Regrouper les initiatives des différents pays concernés (dont le GIE Carte Bancaire en France),
    • Affirmer la puissance économique de la zone euro.
  • Fonctionnement : Il repose sur les virements SEPA quasi instantanés.
  • Déploiement : Il permet initialement les paiements entre citoyens (P2P) sans IBAN. Il va être étendu aux paiements professionnels et en magasin.
    • Pays où Wero est déjà disponible : France, Allemagne, Belgique
    • Pays où Wero est en cours de déploiement ou prévu : Luxembourg : prévu pour juin 2026, Pays-Bas : prévu pour 2026, où il remplacera progressivement le système iDEAL
    • Autriche : intérêt manifesté, mais pas encore de date précise. D’autres pays s’en rapprochent.
  • Déclencheur : Le projet a été accéléré par des événements internationaux, notamment celui concernant le blocage des paiements russes via les réseaux américains après la guerre en Ukraine.

 

Aspects géopolitiques

Ce projet profite pour une part de l’expérience acquise en Afrique par Orange. En effet, le continent a pu ainsi passer d’un seul coup à la monétique sans passer par les étapes intermédiaires, et éviter d’éventuelles mises sous tutelle américaine ou chinoise.

Ceci constitue un exemple des liens que tente de nouer l’Europe avec le continent africain. Le premier à ses structures à rénover. Le second à déployer. Les savoirs des uns conjugués aux expérimentations des autres est typiquement le montage gagnant – gagnant qui devrait se développer. Ceci est facilité par à la proximité linguistique, les liens très anciens et le fait d’être dans les mêmes fuseaux horaires.

 

Lien avec la Monnaie Contributive

La monnaie contributive, si elle voit le jour, est celle avec laquelle les citoyens vont percevoir un revenu leur permettant d’assurer leurs dépenses contraintes, en contrepartie de leur implication dans les tâches contributives et agraires, c’est-à-dire celles qui développent la qualité du vivre ensemble, par opposition aux tâches productives qui sont dédiées aux besoins primaires des citoyens.

Cette monnaie se conçoit en prolongation du développement de l’euro numérique (MNBC) dont on constate que le mécanisme de mise à disposition du public et des entreprises via les banques de détail a été résolu.

Cette évolution devient nécessaire puisqu’il s’avère que :

  • Financer l’économie contributive avec l’impôt levé sur l’économie productive génère de la dette. Cette tendance ne fait qu’empirer puisque nous ne cessons de rationaliser la manière de produire et de consommer, ce qui réduit la base fiscale, alors que nous devenons de plus en plus exigeants en matière de qualité du vivre ensemble.
  • Repenser, voir inverser, la dépendance de l’économie contributive à l’économie productive conduit les états à osciller entre des périodes d’endettement pour financer la dette sociale et des périodes d’austérité pour résorber cette dette. A chaque itération, le modèle de société se dégrade, ce qui crée de l’instabilité politique et nourrit la sensation de déclin.

Une IA fait une synthèse en vidéo

Plus de détails

  • La monnaie contributive : à partir de la page 42 de « Quelle(s) monnaie(s) pour quel modèle de société » ,
  • La nécessité de mettre en synergie l’économie productive et l’économie contributive en écoutant ce talk TEDx.