Bernard BIEDERMANN. – Forum ATENA – décembre 2025
IA : Quelques questions d’ordre général
Pour beaucoup de professionnels, l’IA est à l’origine d’une véritable révolution économique comme l’avaient fait l’invention de la roue, l’électricité, le transport ferroviaire … Au niveau mondial, on estime à 430 millions, soit 13%, le nombre d’emplois qui seront impactés. 75 millions d’emplois pourraient être complètement automatisés. Le nombre de créations d’emplois serait supérieur à celui des destructions. On peut aussi s’attendre à une fracture de la productivité entre les économies riches et celles qui sont en sous-développement.
Définir l’IA est un exercice particulièrement difficile surtout si l’on tient compte du nombre considérable d’applications, d’autant plus qu’elle interagit avec d’autres domaines comme la logique, l’informatique, la linguistique, la recherche, la psychologie, les neurosciences, le management de décisions, la robotique, l’organisation du travail, l’épistémologie. Par ailleurs, la prise de conscience de cette nouvelle révolution s’accompagne de débats d’ordre idéologique, politique, économiques et éthique qui comportent des jugements positifs et négatifs, comme toujours, depuis que l’homo-sapiens a inventé les premiers outils.
Je suggère donc que l’approche de l’IA fasse preuve de méthode et de modestie. Dans cet objectif, je me contente de proposer une liste de petites questions : à compléter, bien évidemment !
- L’objectif de l’IA est-il d’obtenir les mêmes résultats que ceux de l’intelligence humaine ?
- Pour l’homme, l’explication est une démarche scientifique grâce aux lois, la compréhension est une démarche de sens. Quid de l’IA ?
- L’IA (même générative) subit-elle les mêmes fluctuations que l’intelligence humaine : hésitations, glissements, tâtonnements, reconnaissance d’erreurs, … ?
- L’IA pourra-t-elle faire des jeux de mots, utiliser des figures de styles comme les métaphores, les allégories, les euphémismes, les hyperboles, les litotes, voire gérer les ambiguïtés de langage ?
- L’IA pourra-t-elle corriger ses échecs ? L’homme réussit à prendre en compte ses erreurs répétées plusieurs fois.
- Sera-t-il possible d’utiliser des programmes produisant de l’intuition, des innovations, des prévisions ?
- Pour l’homme, l’invention est souvent une rupture qui bat en brèche un cadre devenu trop étroit. Avec de l’intuition, on trouve la solution d’un problème en l’observant sans cheminement programmé.
- Peut-on mesurer le degré de fiabilité et de marge d’erreur des résultats produits par l’IA ?
- La révolution de l’IA va-t-elle aussi changer les produits et services que nous consommons ? Dans ce cas, des comparaisons et des opinions entre le présent et un futur imaginé ont-elles du sens ?
- Peut-on vraiment affirmer que 80 % des tâches de bureau peu qualifiées seront fortement impactée par l’IA ?
- Dans des domaines comme la finance ou le marketing peut-on confier à l’IA, la définition des objectifs et des plannings ?
- Quel impact sur l’emploi en termes de destructions, de créations, de modifications du travail, dans quels secteurs et dans quels pays ?
- Ne faudrait-il pas plutôt rechercher les métiers qui ne seront pas impactés par l’IA, comme par exemple les notaires, l’humour ?
- Qui va ou qui doit organiser les réformes du marché de l’emploi ? L’état ou le marché lui-même ?
- Dans la mesure où l’IA va concerner pratiquement tous les domaines, quelles sont les universités, les écoles, les instituts qui ont déjà intégrés les formations à l’IA ?
- Des nouvelles règlementations applicables à l’IA, comme le RGPD, ne risquent-elles pas de ralentir la recherche fondamentale comme par exemple dans la santé ? Faut-il les envisager ? Quid des droits d’auteurs ?
- Comment faire pour rattraper le retard de l’intérêt pour l’IA auprès des entrepreneurs français ? Il semblerait que moins de 10 % des DRH ont réfléchis à l’utilité de l’IA dans leurs directions. Il ne faudrait pas faire les mêmes erreurs qu’avec les GAFAM !
- Dans le contexte de déséquilibre budgétaire français comment pourra-t-on financer les développements de l’IA que l’on estime à 5 milliards par an ? Pourrait-on imaginer que ce serait les administrations qui déclencheraient la révolution dans le privé ?
- Des économistes ont estimé à plus de 1% l’impact de l’IA sur les PIB ; Dans uniquement les économies développées ?
- Quelle sera la durée de la révolution de l’IA ? 5 ans, 10 ans, plusieurs décennies ?
- Imaginons un pays qui refuse catégoriquement l’IA pour des raisons idéologiques, que va-t-il lui arriver sur le long terme ?
- Avec l’IA pourra-t-on vraiment trancher sur des théories contradictoires comme par exemple le réchauffement climatique ? Et quid des extra-terrestres ?
IA : Quelques applications actuelles
Au quotidien, des articles sur l’IA sont diffusés dans toute la presse et les réseaux sociaux. Il y a également de nombreuses publications, de livres, d’études et de synthèses. Compte tenu de l’immensité du sujet, les écrits sur l’IA se caractérisent par plusieurs approches dont, la méthode, pour analyser un nouvel outil mondial encore difficile à évaluer et pour lequel il y a des croyants et des sceptiques. Il y a d’abord des apports pédagogiques avec notamment les explications des nouveaux concepts comme par exemple l’IA générative. Beaucoup d’analyses décrivent les avantages et les inconvénients que l’on découvre en utilisant des applications utilisant l’IA. Il y a des réussites et des échecs, de l’enthousiasme et des déceptions. Beaucoup d’articles commentent les créations et le développement des sociétés qui offrent des prestations à base d’IA. Les aspects moraux et relationnels nous concernant au quotidien ainsi que les aspects juridiques qui sont bien entendu très souvent abordés mais pas forcément résolus. L’IA va-t-elle nous conduire vers une nouvelle civilisation ? En tout cas l’éducation des jeunes générations devra-t-être revue. Les impacts sur l’activité économique seront très certainement considérables :
- suppression et création d’emploi
- gains de productivité, du travail et du capital
- innovation
- taux de croissance
- culture de management
… et tout cela de manière répartie dans tous les pays ? En France, certains se posent la question de savoir si nous ne sommes pas déjà en retard comme autrefois pour l’internet. Et politiquement, faut-il faire confiance au marché ou est-ce aux gouvernements de déclencher la croissance de ce nouveau secteur qui concernera pratiquement toutes les activités.
A l’occasion du salon de l’IA à la porte de Versailles qui avait intégré près de 300 entreprises offrant de l’IA, j’ai pu comprendre que l’IA s’intégrait dans beaucoup d’entreprises en rentrant par la petite porte, ce qui n’était pas vraiment le cas dans les années 70 lorsque les projets d’informatique conduisaient à réorganiser quasiment toutes les fonctions de l’entreprise par le haut.
Quelques réalisations
L’objectif de cette petite liste non exhaustive, est de faciliter les réflexions en se basant sur quelques applications.
- D’après KPMG : 84 % des entreprises de services, éditeurs, banques, industries, ont déjà intégré l’IA dans leurs cycles de développement logiciel.
- D’après Goldman Sachs : Un tiers des emplois administratifs et juridiques pourraient être automatisés par l’IA.
- Utilisation de ChatGPT: Pour écrire un CV ou une lettre de motivation (35%) répondre au questionnaire (19%) ou préparer l’entretien d’embauche (30 %).
- Sécurité Sociale : En phase d’expérimentation, on mise sur l’IA pour améliorer les pratiques managériales qui concerneront près de 20000 managers, (management interbranche, analyse synthétique, prises de décisions, auto diagnostics).
- Groupe Rocher : Pour la promotion de ses marques grand public, le groupe saisie les opportunités offertes par l’IA générative et a décidé de mettre ses collaborateurs à niveau avec une solution d’autoformation.
- Les datacenters sont plus sollicités que jamais et doivent se réinventer pour contenir l’empreinte environnementale du numérique. Refroidissement intelligent, récupération d’énergie, densification des serveurs…
- Auchan : Le groupe a recours à IA générative pour pallier le déficit de documentation technique de ses anciennes applications en vue de les réécrire plus rapidement. Concerne la logistique en amont.
- BNP : Exploitation par L’IA Générative à la fois pour estimer les critères environnementaux et sociétaux de ses clients, mais aussi pour optimiser ses procédures. La banque compte 700 data-scientists et spécialistes en IA.
- Safran : Plusieurs projets d’IA générative, depuis la gestion des ressources humaines jusqu’à la maintenance de ses avions en passant par la création de documentations techniques.
- Immobilier : révolution des espaces de travail en tenant compte du télétravail et des interactions humaines.
- Gains de productivité des tâches répétitives. (Changement climatique, durabilité, économie d’énergie. Anticipations concernant le marché de l’immobilier. Entrepôts intelligents…)
- Education : Utilisation de robots + l’IA pour faire de la pédagogie avec les jeunes élèves. Premières expériences au Japon avec une société française.
- Sécurité : avec un drone il est possible d’identifier un humain cible dans une foule et d’effectuer une action.
- Psychologie : Une équipe de Stanford a développé des agents d’IA capable de prédire avec précision les attitudes et les comportements de 1052 personnes réelles à partir d’entretiens qualitatifs de deux heures.
- JDN
- Banques : lutte contre le blanchiment.
- Mutuelle de placement : Tous les courriers quotidiens en format papier ou par mail avec pièces jointes sont exploités par l’IA avec bien entendu en renvoi vers un employé lorsque l’IA n’a pas la bonne réponse.
- Campagnes publicitaires : choix de nouveaux textes plus efficaces.
- Vente dans l’e-commerce : amélioration de la recherche du produit correspondant au besoins de l’acheteur surtout pour des produits sophistiqués.
- Santé : Doctolib a créé une IA capable de prendre des notes pendant les consultations et de les stocker dans le dossier patient. Un gain de temps pour le praticien. Il y a également des possibilités de diagnostics beaucoup plus précis concernant les maladies cardiaques et certains cancers et en chirurgie des opérations assistés à distance.
- Social : Accompagnement de personnes en difficultés.
- Assurances : Amélioration de la gestion et gain de temps des dossiers des assurés pour les devis, les éditions…
- Armées : Une application de l’IA permettra, par rapport aux sonars actuels, de gagner entre 30 secondes et une minute pour faire les diagnostics permettant de situer des bateaux ou sous-marins ennemis sans les confondre avec des bateaux commerciaux. Ce gain de temps permettra de prendre plus rapidement la décision de tirer avant l’ennemi.
- Traduction automatique : un livre de 800 pages a pu être traduit en moins de douze heures avec cependant une relecture attentive pour de petites corrections.
- Voitures autonomes : Certains anticipent une forte croissance dans les années à venir.
- Et bien sûr les doubleurs dans l’industrie du cinéma.
Conclusion
Plus que jamais il nous faut, de la méthode, du sens des réalités, de l’esprit critique, des capacités d’adaptation au changement et surtout de l’Intelligence Humaine !
Bernard Biedermann
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